...Martine Muller en avait plus que ras la casquette. Pourquoi avait-il accepté de remplacer la sentinelle? Pourquoi avait-il bu autant? Pourquoi les copains de la patrouille s'étaient tous défilés? ou plutôt, pourquoi avait -il demandé une affectation dans un coin paumé de l'univers? Enfin, pourquoi s'est -il enrôlé? Ces questions lui trituraient le crâne. Au moins, il avait quelque chose à faire. Penser, il ne faisait que ça. Il n'aimait pas la nuit, surtout une nuit éclairée par les astres et les deux lunes dans le ciel. C'était glauque. En quinze ans de services envers l'Empereur, il en avait entendu des potins, racontés lors d'un pot entre amis, lors d'un chargement ou pendant des voyages, mais encore plus depuis 5 ans, depuis en fait lorsqu'il est arrivé sur Florana. Mainte fois il a ouï des rescapés de grandes batailles, des ragots de capitaines de vaisseaux relatant de mauvaises rencontres dans l'espace et des vertes et des pas mûres. Les pires, c'est un Ex-sergent, maintenant entrain de se faire soigné à l'hosto, narrant une attaque de créatures ressemblant un peu a des insectes aussi grand qu'un homme, ou encore la fois où l'Empereur était particulièrement avec lui: attaqué dans l'espace par des xénos appelés eldars et par leur sorcellerie et leur armes étranges. Il en avait réchappé de peu...
Ah mais pourquoi penser à ça? Les renforts de la relève arrive dans une minutes. Il en a encore une vingtaine avant de pouvoir aller s'écrouler sur son lit et s'envoyer un bon whisky de derrière les fagots pour bien se réchauffer. Et pendant ces vingts minutes, ils pourront discuter un peu et jouer aux cartes. Pourquoi pas jouer la prochaine paye? Mais une voix le tira de sa rêverie:
-Hé! Muller, toujours en forme ?
Martine se retourna,
-Ah! la relève, enfin! Reste tout seul pendant trois heures sur ces remparts et tu verra comme c'est chiant!
-Bah on va te remonter le moral, le bleu à encore une p'tite boutade, et puis on a une bonne bouteille et des cartes.
-Je préfère le reste que ses blagues...
Et pourtant il l'écouta jusqu'au bout, riant bien à gorges déployés, et vida bien deux fois son verre d'un alcool assez raffiné.
-Tu le tien d'où c't'alcool?
-J'lai chouré au gouverneur...
- Mais quel con! Oh et puis merde pour le gouverneur...
-Ouai! Lui, il se pelle pas les roubignoles...
Il était rare que le bleu sorte un tel langage, mais , Muller apprécia quand même sa touche d'humour.
Il allait rester une bonne heure de plus. Au diable le lit et la bouteille, rien ne vaut une bonne soirée entre potes.
Pourtant un son étrange lui arriva aux oreilles.
-Quelqu'un n'a pas entendu?
-C'est rien... juste le vent... Et hop, la femme prend le dix...
-Ouai? un vent qui dis "Sang et massacre"?
-T'es entrain de pioncer sur place, rentre dormir, on terminera demain...
Mais le bruit du gravier sur la pierre et le bruissement du lierre lui fit retenir sa phrase. Il se levèrent comme un seul homme braquant le spot, leurs fusils laser et leurs torche sur les alentours. Mais rien, et pourtant ils avaient bien tous entendu, et même vu une ombre furtive.
-Pfiou! Fausse alert...
Mais un éclair argenté ne laissa pas le mot sortir et le mot mourut dans un gargouillement sanglant horrible.
Le bleu, ayant fais le plein d'adrénaline, cria "CONTACT". L'air crépita des lasers rouges des fusils radiants, mais aucun ne trouvèrent de cible.
-Bordel! Mais c'était quoi?
-Aucune idée, mais putain, c'était rapide et il ne va s'en tirer à si bon compte...
Muller tenait son fusil de la main droite et ses cartes de l'autre. Son devoir réclamait de donner l'alerte, mais ses jambes ne répondaient pas. La panique était mauvais signe et c'est justement ce qui se passait.
-Je le sens pas les gars. J'ai le trouillomètre à zéro.
Puis il remarque une silhouette dressée à un mettre d'eux. Il fit signe aux autres de braqué leurs torches dessus mais ne tirèrent pas. Ils aperçurent un être vaguement humanoïde sauf une maigreur musclée et des oreilles pointues. Il avait une des sangles de cuirs plantés de clous sur la tête, les clous vers l'extérieur, ce qui semblait être des lunettes de visions nocturnes. une combinaison noire et moulant, elle aussi parcourue de lanières de cuirs cloutés. Le groupe virent enfin l'éclair argenté, encore taché du sang de leur camarade, qui était en fait un complexe fixement de lames dentelées. Et le pire un dans chaque mains.
-Abattez-le!!!
Les tires fusèrent mais aucun ne toucha l'être, il se déplaçait si vite, plongea tantôt pour faire une roulade, sauter sur le coté pour arriver finalement devant un membre de la patrouille et luis trancha la tête. Il sauta par-dessus sa pauvre victime et atterris juste derrière le bleu. Celui-ci tenta de le repousser d'un revers de crosse mais l'humanoïde fit une esquive si fluide qu'il sembla disparaître. Il fit un grand arc de cercle avec son bras gauche et le bleu s'écroula, essayant vainement de retenir ses entrailles. Il tua ainsi le reste du groupe sauf Muller, celui-ci adoptant l'expression "courage,fuyons!". Il s'écroula à cause d'une masse tombant sur son dos. L'être le retourna pour l'interroger:
-Combien-y-a t-il de patrouille?
La voix murmurante était glaciale.
-Va te... mais l'ennemi lui planta une lame dans les côtes.
-Je répète: combien y en a t-il?
-Il y en a toute la nuit, toutes les deux heures maintenant, y a une relève et...
-Tu parle trop mon-keigh... mais merci bien...
Et comme remerciement, il planta son deuxième bras dans sa poitrine et écarta ses deux bras vivement. Muller fut lacéré en quelque seconde, mais il lui resta assez de souffle pour parler une dernière fois:
-Bordel! Pour une fois que je me tapais les quatre as...
Et il expira.
L'être poussa un rire furtif puis s'arrêta pour réfléchir à la mission qu'on lui avait donné. Il vit sur les remparts voisines la lumière des spots mourir. Ses camarades mandragores avaient fini la leur.
-Bien, ils se sont bien amusés. Il est temps de montrer le signal.
Il sortit une sorte de corne recourbé sur un objet plus ou moins étrange, en regardant de plus près, des petits os y pendaient. Il l'agita puis attendit.
Sur la colline avoisinante, le grand voïvode Elwalkyrael reçut le signal et son beau visage montra une joie émerveillée. Il se tourna vers le flanc où ses officiers attendait l'ordre ultime.
-Le mandragore à réussit... Il est plus que temps de mettre un termes à leurs efforts futiles...